Minage solo vs pool : que choisir ?
Miner en solo signifie que vous construisez vous-même le template de bloc et que vous ne touchez la récompense que si votre hashrate trouve un bloc valide. Miner en pool signifie que vous déléguez ce travail à un agrégateur qui mutualise la loterie. Les deux sont du minage Bitcoin au sens du protocole ; ils diffèrent par la variance, le contrôle du template et le risque de contrepartie.
Depuis le halving d'avril 2024, la subvention de bloc vaut 3,125 BTC, constante de protocole jusqu'au halving suivant, à laquelle s'ajoutent les frais de transaction du bloc concerné. L'intervalle cible reste d'environ dix minutes.
Calculez votre délai avant de décider
C'est le calcul qui tranche la question, et il tient en une ligne :
Délai moyen en jours = (hashrate réseau ÷ votre hashrate) ÷ 144
Le 144 correspond au nombre de blocs produits par jour au rythme cible de dix minutes.
Prenons un hashrate réseau de 800 EH/s, ordre de grandeur pour 2026 à remplacer par la valeur du jour où vous faites le calcul. Une machine unique de 234 TH/s représente 234 divisé par 800 millions de TH/s, soit un délai moyen de environ 65 ans avant de trouver un bloc. Un parc de 10 PH/s, soit une quarantaine de machines, tombe à environ 555 jours, un an et demi en moyenne, avec une dispersion telle que le premier bloc peut arriver au bout de trois ans comme au bout d'un mois.
Ce chiffre, et lui seul, détermine si le solo est envisageable pour vous. Si vous ne pouvez pas le calculer à partir de votre hashrate et du hashrate réseau à une date donnée, vous ne minez pas en solo, vous jouez.
Ce que le solo change
La trésorerie devient binaire. De longues périodes à zéro, puis un saut. C'est incompatible avec une facture d'hébergement mensuelle si vous n'avez pas constitué de réserve couvrant plusieurs fois le délai calculé plus haut.
Vous contrôlez le template. Vous choisissez les transactions incluses, votre politique de filtrage, et l'adresse de coinbase. C'est l'argument central des opérateurs qui minent en solo ou via des pools rendant le template au mineur, comme DATUM et ses équivalents.
Vous portez la propagation. Le bloc trouvé doit être diffusé vite, et un nœud mal connecté augmente le risque d'orphelin, c'est-à-dire de perdre entièrement une récompense déjà trouvée. Un pool mature dispose généralement d'une meilleure connectivité, ce qui relève de son architecture plus que d'une règle.
Vous opérez le logiciel. Un solo complet suppose votre nœud, un logiciel de construction de template et un serveur Stratum local. L'alternative est un pool en mode SOLO, qui n'est pas la même chose.
Le solo ne multiplie pas votre hashrate et ne contourne pas la difficulté. Il ne fait que changer qui encaisse.
Ce que le pool change
Le pool mutualise la recherche, et votre paiement devient une fonction de vos shares et du schéma retenu. Vous gagnez en prévisibilité, particulièrement en FPPS, et vous perdez trois choses : une commission, le contrôle fin du template sauf si le pool le délègue, et une part d'indépendance opérationnelle, puisqu'une panne du pool rend votre hashrate improductif alors que les machines tournent.
Sur un horizon long, hors frais et hors qualité des shares, un pool correctement compté converge vers la même espérance que le solo, sans la loterie. Cette convergence ne dit rien de ce qui se passe sur trente ou quatre-vingt-dix jours.
Quand le solo redevient rationnel
Quatre conditions doivent être réunies simultanément :
- votre délai moyen calculé plus haut descend à quelques mois, ce qui suppose un hashrate significatif face au réseau ;
- votre bilan absorbe la variance, avec une réserve en euros ou en BTC couvrant largement ce délai ;
- le contrôle du template ou de la coinbase répond à un objectif précis et pas à une posture ;
- vous savez opérer un nœud, surveiller les orphelins et basculer si le logiciel lâche.
Pour un ou quelques ASIC hébergés, le pool reste l'outil par défaut parce que la variance du solo dépasse ce qu'une trésorerie individuelle peut absorber, pas parce que le pool rapporterait davantage.
Le solo via un pool
Plusieurs pools proposent un mode SOLO : même URL Stratum, mais le bloc ne vous revient que si la share gagnante est la vôtre. Vous évitez d'opérer le template, vous conservez la variance maximale, et vous payez éventuellement une commission.
Un point à vérifier dans les conditions : les frais de transaction du bloc vous reviennent-ils intégralement, ou le pool en retient-il une part ? Sur un bloc à forte activité de mempool, cette ligne peut représenter une fraction non négligeable de la récompense. Ce mode n'est ni du FPPS ni du PPLNS et se lit comme un contrat distinct.
Check-list de décision
- Horizon et réserve. Calculez votre délai moyen, puis vérifiez que votre trésorerie tient au moins deux fois cette durée sans aucun paiement.
- Schéma si vous restez en pool. FPPS ou PPLNS selon votre trésorerie, pas selon ce qu'en dit un forum.
- Template. Avez-vous une raison concrète de le contrôler, formulable en une phrase ?
- Contrepartie. Un solde chez un pool est une créance sur ce pool. Le solo qui paie directement vers votre adresse supprime ce poste.
- Failover. Prévoyez un second nœud ou un pool de secours, y compris en solo, faute de quoi une panne vous fait hasher dans le vide.
Le solo achète un jackpot rare et la souveraineté sur le template. Le pool achète du lissage contre une commission. Choisissez celle que votre bilan peut porter sur la durée que vous venez de calculer.
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